Les FrancsMaçons et le Clergé Belge

Cantique à l'usage des Loges maçonniques belges

 

Ce Cantique est un autre témoignage de la mentalité qui prévalait dans les Loges belges peu après la condamnation de la franc-maçonnerie par les évêques belges en 1837.

Il y est mentionné que les paroles sont de Defrenne et la musique de Zerezo, mais aucune autre indication de date ou de provenance n'y figure, à part la mention Gravé par Corvillain, rue de Ruysbroek N° 1

Fesch mentionne uniquement une autre édition, à Valenciennes en 1838, avec le sous-titre chanson par un vieux maçon excommunié.

La musique est de Zerezo.

Defrenne

Quant à l'auteur des paroles, Defrenne, il s'agit du Joseph-Marie-Philippe-Jacques DEFRENNE (1767-1848), avocat et poète, qui a été à plusieurs reprises Vénérable des Amis Philanthropes (dont il fut nommé Vénérable d'honneur à vie le 10 juin 1836) et fut le moteur de la fondation en 1833 du Grand Orient de Belgique. Il figure également au Tableau des Vrais Amis de l'Union avec la mention affilié en qualité de membre honoraire le 26-3-5838 - 33è.

Defrenne était, non seulement un homme de cœur (au cours de la Tenue Funèbre du 19.11.1848, Verhaegen dit de lui : Beaucoup ont fait plus de bruit, très peu ont fait autant de bien), mais aussi un homme d’esprit et de lettres, poète et chansonnier à ses heures : Lartigue écrivait de lui en 1893, dans son Précis historique des Amis Philanthropes qu'il peut être caractérisé en deux mots : c'est Béranger tenant le premier maillet de la Loge puisque tous les recueils maçonniques de l'époque sont remplis des chansons du Frère Defrenne, parmi lesquelles un grand nombre sont tournées d'une façon piquante et spirituelle

On trouvera d'autres chansons de Defrenne à nos pages La Léopoldienne maçonnique, Cantique d'Installation de la Loge le Travail, Prière maçonnique, Cantique pour l'installation de la Loge de la Réconciliation. Il fit également des cantiques d'installation (que nous recherchons) pour les Loges de la Régénération (Malines), des Amis du Progrès (Bruxelles) et de la Fidélité (Gand), ainsi que des couplets et bluettes offertes notamment aux mêmes Amis du Progrès et aux Frères Réunis (Tournai).

Defrenne a souvent demandé à un compositeur, souvent membre comme lui des Amis Philanthropes, de lui confectionner une partition pour ses textes. Il a ainsi sollicité Zérézo, Bosselet fils, Cavalini, Artot, ...

En 1840, un ouvrage du Frère Reghellini de Schio, Précis historique de l'Ordre du Temple, présentait Defrenne comme le doyen d'âge des francs-maçons belges.



1.

Du vatican les serviteurs titrés,
Aux francs maçons déclarent-ils la guerre ?
Il est trop vrai ; ses adeptes mitrés
Déjà sur nous ont lancé leur tonnerre,
De la raison, sans fiel et sans aigreur,
Tournons contre eux, les armes redoutables ;
Ils ne sont plus ministres du seigneur,
Depuis qu'ils ont condamné leurs semblables.

2.

Oser flétrir ce qu'on ne connaît pas, 
Aux yeux du sage est charlatanerie;
Et cependant ces aveugles Midas
Ont fait outrage à la maçonnerie ;
Du créateur l'indulgente bonté,
Déplorera cette inique méprise,
En pardonnant à l'imbécillité.
Des maladroits qui gouvernent l'église.

3.

Bravons sans crainte un inepte courroux ;
A l'ordre entier il devient efficace ;
Leur anathème amène parmi nous,
A chaque instant, néophites en masse.
Amour de Dieu, du prochain ; charité ,
Sont des vertus au maçon familières :
Vil intérêt, fourbe et duplicité
Ne s'inscriront jamais sur nos bannières.

4.

Otons le masque à nos persécuteurs,
Entre eux et nous traçons un parallèle ;
Peintres du vrai, saisissons nos couleurs,
Dessinons-en l'astuce et le faux zèle.
Par un abus de la confession,
Que n'ont-ils pas désuni de ménages !
Combien aussi par mainte obsession,
N'ont-ils pas pris, usurpé d'héritages ?

5.

On les voit vendre au riche, à prix d'argent
Le paradis, les joies de l'autre monde ;
Même exciter, par la soif de l'argent,
A l'abandon des biens de ce bas monde ;
Absoudre, unir, toujours pour de l'argent;
Le regard louche, et d'un air méprisable,
Laisser sans honte, en absence d'argent,
Le pauvre en butte à la griffe du diable.

6.

Nos ennemis, à ce sombre portrait,
Seraient-ils gens à ne pas se connaître ?
Déconcertés, confus à chaque trait,
Qui ne sent pas leur embarras renaître ?
Ces tonsurés à qui Dieu fasse paix,
Renvoyons-les au fond de leur église,
En les sommant de laisser désormais,
Le maçon vivre et mourir à sa guise.

7.

A notre tour pleins de zèle et de foi,
Brièvement esquissons notre tâche ;
N'avons-nous pas pour précepte et pour loi,
De secourir le malheur sans relâche ?
Ce beau mandat de la Divinité,
Exige plus que stérile éloquence ;
Sobres de mots, chez nous la charité,
Sans nul éclat se pratique en silence.

8.

A l'invisible architecte des cieux,
Unissons-nous pour offrir notre hommage ;
Supplions-le, recueillis et pieux,
De se montrer propice à notre ouvrage !
Aidés par lui, que peuvent des pervers ?
Méprisons-les, suivons notre carrière.
Aimons-nous, toi qui fis l'univers,
Du feu sacré de ta vive lumière !

Retour au sommaire des chansons diverses du XIXe:

Retour aux chansons anticléricales :