Installation de la Grande Loge d'administration méridionale des Pays-Bas en 1818

 

En 1815, après le Congrès de Vienne, les provinces constituant la future Belgique se trouvèrent annexées à la Hollande. Il y avait à ce moment 27 loges en Belgique. Comme l'écrit Paul Naudon dans son Histoire Générale de la Franc-Maçonnerie (PUF), leur affiliation au Grand Orient de France inquiéta le roi Guillaume Ier, qui n'était cependant pas hostile à la Franc-Maçonnerie. Pour s'assurer du loyalisme des loges, il les fit se constituer en un Grand Orient des Pays-Bas présidé par son second fils, le prince Frédéric. Afin de calmer les appréhensions des Frères belges, il fut décidé en 1817 que le nouveau Grand Orient comprendrait deux Grandes Loges d'administration, l'une pour le Nord (Hollande), l'autre pour le Sud (Belgique)

Cette décision ne fut cependant pas unanimement appréciée : comme le signale l'ouvrage Visages de la Franc-maçonnerie à Tournai (éd. Memogrames, 2006), la Loge tournaisienne des Frères Réunis refusa d'abord, avant de finalement s'incliner, de reconnaître Frédéric comme Grand Maître.

Dans le Tome III (années 1818-19) des Annales chronologiques, littéraires et historiques de la maçonnerie des Pays-Bas à dater du 1er janvier 1814 (accessible via la digithèque des bibliothèques de l’Université Libre de Bruxelles), Auguste de WARGNY donne (pages 95 à 123) le Tracé de la Tenue solennelle d'installation, le 11 avril 1818, de la Grande Loge d'administration méridionale des Pays-Bas, Tenue dont il reproduit une gravure en frontispice de ce volume :

Entre les pages 200 et 201, il reproduit aussi (tout en se récriant sur le fait que le graveur ait omis d'y mentionner la date !) la médaille réalisée par le Frère Simon à cette occasion :

Ce tracé contient à la p. 106 un hymne (chanté juste après l'annonce officielle de l'installation et reproduit ci-dessous) et, aux pp. 122-123, un cantique (chanté pendant le Banquet) composé par le Frère Plasschaert, 1er Grand Surveillant.

Sous le régime hollandais, les Loges belges ont, comme l'écrit Jo Gérard dans la Franc-Maçonnerie en Belgique (J. M. Collet Ed., 1988), manifesté un intense loyalisme envers le prince Frédéric, leur grand-maître, qui était aussi le fils du roi Guillaume Ier, notre souverain de La Haye. Reçu, par exemple, le 18 mai 1819 par les francs-maçons de la Concorde à Mons, le prince s'entendit déclarer par M. Dupont, l'orateur du jour : les Nassau favorisent le progrès des lumières, ils encouragent toutes les vertus inspirant à l'homme des sentiments libres et grands

Attestent également de ce loyalisme :

 - du cantique les Pierres maçonniques de 1818 : 

Nos Princes, Maçons parfaits, 
Veulent servir d'exemples ! 
C'est au bonheur de leurs sujets 
Qu'ils construisent des Temples
;

- l'Hommage à Sa Majesté dans le cantique de 1820 : 

Des dieux clémens et protecteurs 
Les bons Rois sont l'ouvrage : 
GUILLAUME, des dieux bienfaiteurs 
Est la vivante image. 
Ce Roi plein d'honneur, 
A notre bonheur 
Consacre ses journées; 
Puisse le destin
Retarder sa fin 
Par d'illustres années
.

Cet enthousiasme allait cependant péricliter devant l'autoritarisme de Guillaume.

 


portrait du Grand Maître Frédéric, datant des années 1860

Un Grand Maître contesté

La Grande Maîtrise du Prince Frédéric fut, pendant cette période, marquée par deux échecs spectaculaires :

  • la proposition d'adhérer à une déclaration selon laquelle toutes les religions sont également bonnes. Les maçons belges, généralement catholiques, repoussèrent cette proposition de leur prince protestant ;
     

  • une tentative manquée de réorganisation des Hauts Grades. Dans un courant de pensée analogue à celui de Schroeder, il signa le 25 avril 1819 une circulaire où il critiquait en termes sévères (voir ci-dessous) les Hauts Grades existants - qu'il ne pourrait envisager comme propres à faire jamais parvenir la Maçonnerie à son véritable but et comme plutôt propres à l'en éloigner - et proposait aux Loges, et aux maçons individuellement, d'adhérer à un nouveau système, où le grade de Maître serait subdivisé en trois niveaux. 

Il annonçait en même temps que, se trouvant placé à la tête des Hauts Grades dans les Provinces Septentrionales, il comptait abandonner cette fonction pour ne plus travailler dorénavant qu'aux Grades d'Apprenti, Compagnon et Maître.

Cette proposition, quelque peu maladroite dans la forme (en tant que Grand Maître, il ne lui revenait pas de se substituer à l'Obédience pour faire une telle proposition), fut, particulièrement en Belgique, l'objet d'un véritable tir de barrage de la part des Chapitres et, à travers leur influence sur les Loges bleues, des Vénérables de celles-ci, et ne put y aboutir.

Après l'indépendance de la Belgique en 1830, certaines Loges belges orangistes restèrent fidèles à Frédéric et refusèrent de s'inscrire au nouveau Grand Orient de Belgique, lequel avait reporté sur Léopold Ier la ferveur auparavant entretenue pour Guillaume.

Ce n'est qu'après la mort de Frédéric en 1881 que la plus irréductible d'entre elles, la gantoise Le Septentrion, après avoir tenu une cérémonie funèbre en son honneur (et en celui de son quasi-inamovible Vénérable Hippolyte Metdepenningen, 1799-1881, qui verrouilla son orangisme), finit en 1883 par adhérer à l'Obédience nationale, cinquante ans après la création de celle-ci.

ci-contre à droite : détail d'une assiette de la Loge.

ci-dessus à gauche : Hippolyte Metdepenningen, Vénérable sans discontinuer du Septentrion pendant cinquante ans (peinture d'Henri De Nobele, vers 1840 - image empruntée à l'ouvrage la Sagesse dans l'Allégresse - Deux siècles de Franc-maçonnerie à Gand et à Anvers édité en 2003 par Marot-Tijdsbeeld)

Retour au sommaire des chansons diverses du XIXe:

Retour au sommaire du Chansonnier :