La Loge des Neuf Soeurs
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Fondée en 1776, placée sous le patronage des Muses (les neuf soeurs du Parnasse), la Loge des Neuf Sœurs - qui a souvent eu maille à partir avec le Grand Orient de France - se voulait vouée à la culture des sciences, des lettres et des arts ; elle a été un fer de lance des Lumières et des Encyclopédistes, et c'est elle qui, le 7 avril 1778, a procédé à l'initiation de Voltaire, moins de deux mois avant sa mort (le 30 mai). Comme l'écrivait, dans son mémoire de 1779, son Orateur la Dixmerie : ... les plus grands compositeurs, les virtuoses les plus célèbres se sont empressés de se ranger sous la bannière des Neuf Sœurs. ... la loge des Neuf Sœurs peut être envisagée comme une espèce de colonie des arts, où l'homme qui les cultive est admis, de quelque nation qu'il puisse être, où l'on voit accourir de tous les pays de l'Europe des hommes que leurs talents, leurs lumières, leurs productions rendent chers à leur propre patrie. Après Lalande, son Vénérable fut (ci-contre) Benjamin Franklin (1706-1790). |
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Les littérateurs Florian, Roucher, Chamfort, Guichard, Neufchâteau (1750-1828 ; c'est à lui que Voltaire écrivait dès 1766 : il faut bien que l'on me succède, et j'aime en vous mon héritier), les peintres Greuze et Joseph Vernet, le sculpteur Houdon, les musiciens Dalayrac et Piccinni, le docteur Guillotin, Jean-Baptiste Mercier du Paty, les frères Montgolfier, Lacépède, furent membres des Neuf Soeurs.
Sur les trois fondateurs en 1777 du Journal de Paris (premier quotidien en langue française), deux (Louis d'Ussieux et Cadet de Vaux) étaient membres de la Loge.
Celle-ci manifesta également sa présence dans la vie intellectuelle parisienne en fondant, par l'intermédiaire ce certains de ses membres (Court de Gebelin, Cordier de Saint-Firmin et La Dixmerie) la Société Apollonienne (rebaptisée ensuite Musée de Paris) en 1780, et, avec Pilâtre de Rozier et Moreau de Saint-Méry (futur Vénérable) le Musée de Monsieur (rebaptisé ensuite Lycée) en 1781 (la rivalité entre ces deux institutions entraîna d'ailleurs des dissensions dans la Loge).
Un hymne pour une cérémonie funèbre célébrée dans cette Loge en 1785 figure à ce site.
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le sceau de la loge avec la devise Force Vérité Union (image empruntée au site la Loge des Neuf Sœurs ) |
médaille (très rare) frappée par les Neuf Soeurs en l'honneur de Franklin (image empruntée au site Heritage) |
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Ce n'est peut-être pas un hasard si la statue de Franklin à Paris est ombragée par un acacia ...
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A la Révolution, la Loge interrompit par prudence, comme beaucoup d'autres, ses activités maçonniques, mais se transforma en Société Nationale des Neuf Soeurs, qui tenait des réunions publiques à caractère purement culturel. Soupçonnée à plus d'une reprise de tendances aristocratiques et modérantistes, cette Société jugea plus prudent, en 1792, de cesser toute activité.
La Loge ressuscita en 1806, sous la présidence de Moreau de Saint-Méry, pourtant mal vu alors de Napoléon. Son Tableau pour cette année-là porte 111 noms, dont 5 des fondateurs (notamment Lalande et Cordier de Saint-Firmin) et 30 des membres de 1779 (dont Neufchâteau et Lacépède).
Nous avons trouvé trois textes dédiés à cette résurrection : une Cantate d'Evariste Parny, des Couplets de Servières et des Stances de Moulon de la Chesnaye.
La Loge ne retrouva jamais son lustre antérieur. Amiable en écrit :
Il est resté peu de choses des travaux de la loge pendant les neuf années qui s'écoulèrent depuis sa reconstitution jusqu'à la fin du régime impérial. Sa stérilité dans cette période contraste avec sa fécondité d'autrefois. La philosophie et l'histoire furent presque délaissées.
Comme l'énonce Porset dans son commentaire critique de l'ouvrage d'Amiable :
L'esprit de la Loge avait changé : de "philosophique" qu'il avait été au dix-huitième siècle, il devenait "littéraire" maintenant, bref, il se vidait du contenu "subversif" qui pendant de longues années avait été le sien.
Comme l'écrit en effet Jacques Lemaire dans son article Parny et la franc-maçonnerie (in : Etudes sur le XVIIIe siècle, éd. ULB, 1975) :
Il ne peut plus être question, pour les Neuf Soeurs en particulier, et pour la franc-maçonnerie française en général, tenues en sujétion par le pouvoir impérial, de reprendre leurs recherches philosophiques, encore moins leur action politique.
En 1827, la Loge, qui ne comptait plus qu'une vingtaine de membres, fusionna avec la plus nombreuse Saint-Louis, mais en gardant son prestigieux titre distinctif. Retrouvant sa combativité d'antan, elle se plaignit alors de ce que l'institution maçonnique, par la force d'inertie de ceux qui en étaient les régulateurs, restait stationnaire au milieu du mouvement qui poussait en avant la société profane (source : René Le Forestier, Maçonnerie féminine et Loges académiques, Archè Milano, 1979). Paroles toujours à méditer aujourd'hui ...
Malgré un sursaut en 1836, elle continua cependant à dépérir, pour s'éteindre définitivement en 1852.
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Sur le site numismatique cgb.fr, on peut voir une médaille (que, puisqu'elle est sous copyright, nous n'avons pu reproduire ici) de la Loge avec la devise SI VIRTUS ABSIT NIHIL - IPSA SCIENTIA PRODEST (si la vertu n'est absente en rien, alors la connaissance est utile - ce qui a la même signification que le Science sans conscience n'est que ruine de l'âme de Rabelais). Elle représente un temple sur une colline, surmonté de trois étoiles rayonnantes, et surmontant livres, globe, masques, instruments de musique. Il est à noter que la date 1776 figurant à ce jeton est celle de la création de la Loge, mais certainement pas celle de la frappe du jeton lui-même (que le site mentionné estime proche de 1830) ; en effet, son graveur F. Coquardon (qui mentionne sa qualité d'Officier dignitaire du Grand Orient de France) est aussi celui de deux autres pièces visibles sur le web : une médaille de la Loge du Havre des HHH, portant la date de 1813 (soit son 20e anniversaire), et une médaille des notaires de Compiègne datée elle de 1830. |
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Il semble qu'aucune Loge n'ait jamais eu depuis la prétention de reprendre tel quel le titre distinctif des Neuf Soeurs ; il existe par contre une Loge du Grand Orient de Suisse qui porte celui de Voltaire aux Neuf Soeurs. |

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