Les Chansonniers de Bazot

 

Dans son Dictionnaire de la Franc-maçonnerie (PUF), Ligou mentionne un Etienne-François Bazot (1782-1818), secrétaire général de la Société royale des Sciences, Vénérable de la Loge parisienne La Bonne Union et auteur en 1810 d'un Vocabulaire des Francs-Maçons et en 1811 d'un Manuel du Franc-Maçon (2e édition en 1812).  

Nous pensons que la date de décès mentionnée par Ligou, 1818, est inexacte. Nous trouvons en effet dans l'édition de 1858 du Dictionnaire universel des contemporains la mention suivante :

A notre connaissance, aucun des biographes de Bazot ne mentionne sa date d'initiation. Nous avons cependant trouvé une indication à ce sujet dans son Hommage maçonnique à la mémoire de l'Empereur Napoléon, discours qu'il a prononcé en Loge à l'occasion du triomphal retour en France des cendres de celui-ci en 1840 (une réédition de ce texte a été effectuée en 2001 par l'éditeur Christian Lacour-Ollé, aux éditions Lacour/Rediviva). Evoquant ses souvenirs personnels, il y dit en effet : Jeune initié de 1804, je les ai vus ...

De son Manuel du franc-maçon, nous avons pu consulter (voir ci-dessous) le second volume (276 pages au format 10,2 * 18 cm.) de la sixième édition (il y en a encore eu une septième en 1845 à Paris, mais il en a supprimé les chansons), parue en 1835 à Bruxelles chez Voglet et en 1841 à Paris chez Teissier & Schmidt (NB : la 3e édition, de 1817, est consultable sur google-livres).

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Cette édition est dite augmentée, notamment d'une série de cantiques. Effectivement, la 3e édition ne contenait que 17 chansons, alors que celle-ci en contient 28, soit 16 des 17 précédentes (la première, intitulée Santé du Roi a, de manière très symptomatique, disparu) et 12 nouvelles.

Elle l'est également d'un choix de discours souvent datés des années 1820 et 1830.

L'un de ceux-ci commence par un hommage à son ami Désaugiers, décédé en 1827 :

Voilà qui nous introduit à un autre aspect, moins austère, de la vie maçonnique de Bazot : sa carrière de chansonnier. Car Bazot fut aussi - et il se présente comme tel - un ancien convive des Soupers de Momus.

Les Soupers de Momus furent une société mangeante, bacchique et chantante fréquentée notamment par des membres du Caveau moderne dont elle semble avoir été très proche (le Troubadour français paru chez Caillot en 1826 et le Chansonnier des demoiselles sont rédigés par quelques convives du caveau moderne et des Soupers de Momus). Elle tenait à partir de 1813 ses séances dans le quartier Saint Martin et a publié 15 recueils annuels de chansons ; Bazot s'y est lié avec Désaugiers et avec Béranger, à qui il a (en vain) proposé d'entrer en Franc-maçonnerie.

En 1838, Bazot publie à Paris un premier recueil intitulé Chansons maçonniques (244 pages au format 8 * 13,2 cm.).

En 1839, toujours à Paris, il récidive avec ses Nouvelles chansons maçonniques (252 pages au format 8,5 * 13,7 cm.).

Béranger

Si un bon nombre des cantiques du Manuel du Franc-Maçon restent dans la tradition de ceux du XVIIIe et du début du XIXe (sous l'Empire), il n'en va plus de même, en général, des chansons des recueils (un peu postérieurs) Chansons maçonniques et Nouvelles chansons maçonniques.

Bazot s'en explique dans son Essai sur la chanson maçonnique, qui sert de préface au recueil Chansons maçonniques

Ce ne sont souvent que de simples chansons à boire, dont la maçonnerie ne constitue rien de plus que le prétexte. Ils donnent l'image d'une maçonnerie certes morale et même parfois sociale, mais profondément conformiste et bourgeoise, et plus attachée au divertissement (d'un humour pas toujours léger...) et au formalisme maçonnique qu'à la philosophie ou au symbolisme. 

On notera dans les trois ouvrages l'utilisation d'un même personnage-fétiche, Jean-Louis-Chrysostome-Richôme-Jérôme DUBUIS, maître Passeux t-à la Guernouillère, qu'on retrouve tant aux pages 225 et 243 du Manuel qu'aux pages 140 et 229 des Chansons maçonniques et à la page 84 des Nouvelles chansons maçonniques. La Guernouillère se réfère sans doute à la pièce de Vadé (1750), Lettres de la Grenouillère : Vadé semble avoir été une référence pour les membres du Caveau, parmi lesquels Désaugiers lui a emprunté le personnage de Cadet Buteux.

Dans les trois ouvrages, toutes les chansons sont sans partition, et renvoient à des airs connus ... à l'époque (mais certains ne le sont plus du tout, et la recherche de leur partition n'est pas toujours tâche aisée).

  

Il ne vaudrait pas la peine de reproduire intégralement ces recueils. Nous avons cependant sélectionné quelques chansons qui nous semblaient un témoignage intéressant, et que nous mettons progressivement en ligne sur ce site. On trouvera, dans le tableau ci-dessous, les liens qui y conduisent (les n°s de volume - 1, 2 et 3 - renvoient respectivement aux Chansons maçonniques, aux Nouvelles chansons maçonniques et au Manuel du Franc-Maçon).

Volume Page Titre
1

11

Je suis maçon !

1 83 Les sept Santés
1 92 La fête de famille
1 170 Désaugiers !
2 35 La Loge-Mère
2 162 Le secret maçonnique
2 203 Une Tenue de Loge

On notera qu'un des cantiques du Manuel du Franc-Maçon, intitulé le Parfait Maçon, figure également (pp. 181-3) à la Lyre maçonnique de 1812 ; un autre, la Conversion du poète, se retrouve (pp. 42-44) à celle de 1813-14, avec un texte légèrement différent.

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