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Sur base d'une identification à Napoléon (faite notamment par Ligou dans Chansons maçonniques des 18e et 19e siècles, ABI éd., 1972) de l'illustre guide qui brave la guerre et les flots d'un courage intrépide mentionné au 2e couplet, on considère généralement que ce célèbre Cantique des Santés date de l'Empire, puisqu'on le trouve notamment au Code Récréatif de Grenier (1807) alors qu'il ne figure pas à la Muse maçonne de 1806, recueil pourtant très complet.
Ce n'est pas exact : nous l'avons en effet déjà trouvé dès 1782 dans le recueil d'Honoré, dont il constitue d'ailleurs la toute première chanson - par exception au principe de classement adopté par Honoré, qui est l'ordre alphabétique des auteurs. Dans une note très alambiquée (note 3 de la p. 4), Honoré justifie cette exception par le fait qu'il était plus propre que tout autre à ouvrir la scène.
La chanson est d'ailleurs reprise (à l'édition 1787, pp. 125-127) dans le Recueil de Cantiques du Manuel des franches-maçonnes ou la vraie maçonnerie d'Adoption.
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Et l'illustre guide est en fait le vainqueur (en titre ! son incompétence a transformé en simple succès ce qui aurait dû être une déroute de la flotte anglaise, mais cela n'a pas empêché de lui en attribuer tout le mérite) de la bataille navale d'Ouessant (27 juillet 1778) : le duc de Chartres (frère du roi, inspecteur général de l'armée navale de Brest, futur duc d'Orléans et Philippe Egalité), Grand Maître du Grand Orient de France - auquel la deuxième santé est ici, à ce titre, logiquement dédiée.
ci-contre : la bataille d'Ouessant |
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Il existe des témoignages de l'(immérité) culte de la personnalité voué dans les Loges au Grand Maître à cette occasion : le 19 août 1778, la Loge l'Union Parfaite de la Rochelle écrit au Grand Orient en évoquant les craintes et les alarmes occasionnées en son sein par les dangers où notre illustre Grand Maître allait s'exposer lorsque nous avons été certains que parti de l'orient de Brest il allait se livrer généreusement aux périls multipliés d'une guerre meurtrière où son courage et l'honneur qui le guident devaient nécessairement l'exposer. Il est très vrai, continue la Loge, ... que ce digne et respectable Grand Maître a couru tous les dangers qui pouvaient justifier nos inquiétudes et nous plonger dans la plus profonde douleur ; mais grâce au ciel nous n'avons qu'à nous féliciter de ce qu'au milieu de tant de périls il n'en a recueilli que la gloire puisque après avoir vu fuir l'ennemi qui avait osé l'attaquer il est revenu vainqueur au port et jouissant d'une santé conforme à nos désirs. En foi de quoi la Loge décide d'en rendre grâce au Grand Architecte de l'Univers en faisant célébrer une messe solennelle et chanter un Te Deum pour le remercier de ce qu'il a daigné conserver notre Respectable Grand Maître... et le préserver de tout accident fâcheux dans ce combat où ce digne prince a donné des preuves de son courage et de son amour pour le service du Roi et de la Nation. (source : Francis Masgnaud, Franc-maçonnerie et francs-maçons en Aunis et Saintonge sous l’Ancien Régime et la Révolution, Ed. Rumeur des Ages, La Rochelle 1989, pp. 151-2) Bel exemple de flagornerie ... ci-contre : la p. 1 du recueil d'Honoré , avec le début du Cantique des Santés |
| ... flagornerie
d'ailleurs traditionnelle : bien plus tôt, Louis
de Bourbon-Condé, Comte
de Clermont, qui fut Grand Maître de la Grande Loge de France de 1743
à 1771, avait participé à la Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748).
Par la plume de Jean-Jacques Le Franc de Pompignan (1709-1784), les maçons de Bagnères lui écrivaient en 1744 : Vole,
Bourbon, cours où t'envoie Et, le 24 juin 1748 (après la prise de Maastricht, la guerre s'était interrompue pour faire place aux pourparlers d'Aix-la-Chapelle, conclus par le traité qui allait être signé le 18 octobre), le Frère de H***, orateur, prononçait en Loge un discours (imprimé le 6 juillet 1748 A Maastrick, chez André L'imprenable, à l'enseigne de la Reddition - ce texte a été republié en 1994) dont nous extrayons quelques lignes : Enfin le plus grand roi du monde enchaîne la victoire, il fait triompher cette aimable paix qui régna toujours dans son coeur. ... Prince protégé et protecteur de la maçonnerie, notre très respectable Grand-Maître, vous nous êtes enfin rendu. Nous cessons de trembler pour ces jours nécessaires, jusqu'ici exposés à tant de périls par l'ardeur de votre courage. Que l'épée du Grand Condé se repose à l'ombre de ces nobles exploits, et mettant de côté ces faisceaux de lauriers que vous avez moissonnés dans les campagnes belges, venez recevoir de la main des frères une couronne d'olivier et goûter parmi nous les douceurs du repos ... Copieusement brocardé par les chansonniers de son temps (voir à le sujet le vol. VII du Chansonnier historique de Raunié, p. 300 : un pauvre prince dont un auguste titre éclaire le néant), Clermont, surnommé par Frédéric II le Général des Bénédictins (il était abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés), n'était pourtant pas le foudre de guerre ainsi évoqué par l'hagiographie maçonnique ; son commandement lui fut même retiré après sa défaite à Crevelt en 1758. |
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L'air indiqué est, comme aux versions ultérieures, Mon père était pot.
Honoré mentionne comme auteur du texte le Très Cher Frère Le Boux de la Bapaumerie.
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Voici maintenant la version de Grenier en 1807 :
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Refrain Frères alignons : |
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1 Tandis que je vois la gaîté |
2 Souhaitons
victoire et repos |
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3 N'oublions pas dans nos concerts |
4 Aux lumières
de l'occident |
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5 A célébrer son fondateur |
6 Chantons les Maçons répandus |
On notera, par rapport à la version précédente, quelques minimes variations (Rendent les noeuds durables au lieu de Rendent les noms durables; Rendons de même hommage au lieu de Rendons le même hommage), mais surtout la disparition de l'ancien couplet 5, devenu sans objet. Le couplet 2 a été maintenu, mais dans le sens d'un hommage au Chef de l'Etat, et il devient ainsi la première santé, le couplet 1 ne servant plus que d'introduction générale, non suivi d'une salve particulière.
Le cantique figure également aux pages 7 et 8 de la Collection de Cantiques de la Loge La Paix Immortelle, sous le titre Cantique pour les Santés. Le texte est comme chez Honoré - il n'intègre donc pas les minimes variations apportées par Grenier - mais en n'utilisant bien entendu que les mêmes six couplets retenus par celui-ci. Par contre, à célébrer son fondateur est remplacé par à célébrer ce fondateur, sans doute pour donner l'occasion, celui-ci étant présent, de le désigner du geste.
On retrouve également cette dernière version à la Lyre maçonnique de 1809.
Le Recueil de la Loge Ernest Renan reprend cette chanson à ses pages 2 et 3, en en donnant une partition, plus élaborée que celle que vous entendez.
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