Les Amis Philanthropes

 

La Loge des Amis Philanthropes constitue une des plus anciennes et prestigieuses Loges bruxelloises.

Issue de la Loge militaire ambulante créée au sein de la 66e demi-brigade de l’armée française cantonnée à Bruxelles, elle fut constituée le 17 février 1798. Dans son article Franc-maçonnerie et vie musicale à Bruxelles dans la seconde partie du XVIIIe siècle, paru dans l'ouvrage collectif (sous la direction de Brigitte Massin) Mozart : les chemins de l'Europe (Editions du Conseil de l'Europe, 1997), Paul Raspé signale que 21 Frères artistes de l'Harmonie figuraient déjà à son Tableau lors de sa création.

C'est elle qui, sous l'impulsion notamment de Théodore Verhaegen, a été à la base de l'institution de l'Université libre de Bruxelles.

Parmi les compositeurs et musiciens qui en ont été membres, on peut citer :

La Loge organise annuellement, au profit de ses oeuvres philanthropiques, un prestigieux gala musical.

Innombrables sont par ailleurs les célébrités qui firent partie de cette Loge ou de ses filles. Citons par exemple :

La Loge se voulut toujours un centre d'activité intellectuelle, et d'éminents maçons y prirent la parole en visiteurs, tels :

médaille frappée par la Loge en l'honneur de Victor Horta

médaille frappée par la Loge en l'honneur de 3 Vénérables successifs (à gauche, Henri Lafontaine)

à gauche (détail au centre) et à droite : deux frappes différentes de la médaille 

médailles du 100e (à gauche) et du 200e (ci-dessus) anniversaires

 

Les Amis Philanthropes ont plusieurs Loges-filles, qui portent le même nom complété par un numéro. 

En 1895, des tensions, nées à l'occasion d'un conflit survenu à l'ULB à propos de l'engagement par celle-ci du géographe et anarchiste Elisée Reclus, deviennent si vives entre traditionalistes et progressistes qu'une scission se produit : les premiers, sous la conduite de Goblet d'Alviella, créent les Amis Philanthropes n° 2.
On voit deux versions (celle du bas, matricée d'une pièce, est plus récente que celle de gauche, en deux pièces) de la médaille des Amis Philanthropes n° 2 (qui se sont eux-mêmes maintenant scindés en 2 Alpha - voir ci-contre - et 2 Omega).

C'est une tout autre ligne de clivage qui va séparer traditionalistes et progressistes en 1911 et entraîner un nouveau dédoublement de la Loge (forte alors de 400 membres !) avec la création des Amis Philanthropes n° 3 : le soutien de la Loge - alors présidée par Henri Lafontaine, futur Vénérable d'une Loge du Droit Humain - à la création de la maçonnerie mixte. 

Amis Philanthropes n° 3 : médaille des années 1930
 
 

médailles d'ancienneté argentée et dorée, pour respectivement 25 et 40 ans, des Amis Philanthropes n° 3 (voir sur une autre page de ce site une médaille d'Adoption de cette Loge)

Parmi les personnalités ayant été membres des AP3, on peut citer :

  • Robert Hamaide (1907-1979), juriste, fondateur de La Pensée et les Hommes, Grand Maître du Grand Orient de Belgique en 1954

  • Georges Van Hout (1918-2004), mathématicien, homme de lettres, réalisateur de radio (sous le pseudonyme de Jean le Paillot), président de La Pensée et les Hommes de 1979 à 1993. 

En 1928, la fondation de la Loge Prométhée (dont fut membre le compositeur Marcel Poot) résultera d'une scission au sein des AP3.

monument de Georges Dobbels (1910-1988) érigé sur le campus par Les amis philanthropes en 1984 à l'occasion du 150e anniversaire de l'ULB (image empruntée au site Sculptures en région bruxelloise, par commune).

 

 

Le grand Temple des Amis Philanthropes fait souvent l'objet de visites guidées lors des Journées du Patrimoine de la Région bruxelloise (en septembre). Ci-contre à droite : la photo diffusée à cette occasion ; au centre : photo de 1883 ; à gauche (cliquer sur l'image pour l'agrandir), une gravure qui faisait la couverture du Patriote illustré maçonnique

Il s'agit d'un n° spécial (daté du 27 juillet 1890), à caractère parodique et anti-maçonnique, de l'hebdomadaire le Patriote illustré (hebdomadaire associé au quotidien catholique conservateur le Patriote, rebaptisé La Libre Belgique après la guerre de 14 ; avant la guerre de 40, fidèle à la même ligne anti-maçonnique, La Libre Belgique a publié des listes dénonçant des maçons. Signalons cependant que ledit journal a depuis lors reconnu ses erreurs, écrivant notamment, le 31.10.2006 : Plus discrète que secrète, la franc-maçonnerie a payé un lourd tribut pendant la Seconde Guerre et force est de préciser que la presse catholique - dont, hélas, notre journal... - y joua un rôle déplorable en publiant les listes des maçons à la fin des années 30 ce qui les exposa directement à la répression nazie).

La photo du centre est empruntée au n° double (62-63, 2007) Franc-maçonnerie et beaux-arts de la revue La Pensée et les Hommes (éd. Espaces de Liberté), où on lira avec intérêt, entre autres, les articles concernant l'architecture maçonnique par Luc Nefontaine (L’architecture maçonnique, entre kitsch et néo), Eugène Warmenbol (Des sanctuaires de style égyptien pour y pratiquer des rites mystérieux) et Eric Heinnaut (Le Temple « assyrien » des Vrais Amis de l’Union et du Progrès Réunis). On y apprendra notamment que la chambre préparatoire au 3e grade du premier Temple des Amis Philanthropes, installé en 1798/9, comportait déjà des éléments égyptiens.

Ce Temple, installé dans l'ancien couvent des Carmélites, sera exproprié en 1864, et la Loge s'installe ensuite (en 1870) à la rue Ducale, d'où elle sera à nouveau expropriée en 1876. C'est alors que l'architecte Adolphe Samyn (1842-1903 ; il conçut également le Temple de la Loge verviétoise Le Travail et le fameux mausolée d'Eugène Goblet d'Alviella) réalise la transformation de l'immeuble actuel, acheté en 1877 : l'inauguration de ce nouveau Temple sera l'occasion en 1879 d'une grandiose cérémonie.

Une Loge éléphantesque ?

Ce n'est évidemment pas l'effectif - traditionnellement très important dès l'origine (déjà 134 membres en 1802) - des Amis Philanthropes que nous qualifions ainsi, mais le fait, symboliquement aussi curieux qu'inexpliqué (à notre connaissance), que ses décors comprennent toujours un éléphant, et ce depuis l'origine.

Ci-contre en effet, une gravure de Cardon, figurant déjà à un document de 1798, le fait d'emblée apparaître.

A l'occasion de son 200e anniversaire, la Loge a émis (ci-dessous au centre)  un souvenir philatélique avec (détail à droite) un cachet spécial anniversaire sur le timbre la libre pensée. Les images dont détail à gauche représentent le cachet de la Loge avec une vue en plan du Parc de Bruxelles, plan dans lequel certains commentateurs ont voulu discerner des symboles maçonniques.

On lira avec intérêt le chapitre, par J. Lemaire, intitulé Goblet d'Alviella, la loge des Amis Philanthropes et le Grand Orient de Belgique, dans l'ouvrage publié sous la direction d'Alain Dierkens, Eugène Goblet d'Alviella, historien et francmaçon, édité par l’Université Libre de Bruxelles en 1995 et accessible via la digithèque des bibliothèques de cette Université.

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