La Réunion des Amis du Nord

 

La Loge brugeoise portant le titre distinctif de La Réunion des Amis du Nord n'a existé que de 1803 à 1832.

Elle semble avoir été assez active pendant cette période, et elle a notamment publié, autour de 1820, divers Cantiques écrits par le Frère  L. J. Debeaune.

Il semble qu'on y vivait bien, puisque on sait qu'au cours d'une Tenue de Table en janvier 1829, 30 Frères vidèrent pas moins de 21 bouteilles de Pommard et 48 de Bordeaux ... 

Au Tableau de cette Loge on trouve :

Ce Tableau cite également, comme membre d'honneur, le Prince Frédéric d'Orange, en mentionnant comme date de naissance le 6 décembre 1792 et en le signalant comme Rose-Croix depuis 1819. Il ne s'agit donc pas du Prince Frédéric, Grand Maître (né en 1797), mais de son frère aîné Guillaume-Frédéric, le futur Guillaume II. D'autant que le Grand Maître, qui avait auparavant accédé à tous les Hauts Grades, les avait abandonnés dès 1819.

Jean-Marie Ragon

Jean-Marie RAGON DE BETTIGNIES (1781-1862), né à Bray-sur-Seine d'un père notaire, fut initié en 1804 à Bruges où ses fonctions de caissier dans l'administration impériale l'avaient amené ; il fut membre du Grand Orient, du Rite de Misraïm, de l'Ordre du Temple de Fabré Pallaprat. Il fonda en 1814 à Paris, et présida, la célèbre loge Les Vrais Amis, devenue ensuite Les Trinosophes, ainsi que le chapitre et l'aréopage s'y attachant. 

Considéré par ses contemporains comme le franc-maçon le plus instruit du XIXe siècle, il est l'auteur de nombreux ouvrages maçonniques qui, s'ils n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt historique (ses thèses fumeuses n'ayant plus aucun crédit), eurent à l'époque une influence considérable: 

  • La Messe et ses Mystères
  • Le Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes (disponible tant sur Google que sur Gallica)
  • l'Orthodoxie Maçonnique
  • De la Maçonnerie occulte et de l'Initiation hermétique
  • ainsi que de nombreux Rituels maçonniques (et apparentés, tels ceux de la Foresterie) et un Tuileur Général

dont plusieurs ont été réédités en fac-simile par les éditions Lacour-Ollié.

Il fut également l'éditeur de la première revue maçonnique française, Hermes

Les Frères Quatre-Points

Signalons aussi, à titre anecdotique, que Ragon, après avoir quitté sa Loge-mère et ses préoccupations sans doute trop terre-à-terre à son goût, fut également membre - ainsi que Vuillaume et Fabré-Palaprat - de l'Ordre des Priseurs (O:: des Pr::), société para-maçonnique très confidentielle et élitiste, datant des années 1820, qui ne comptait que 21 membres. L'ensemble des règlements (10 volumes) et rituels (17 volumes) de cette société, manuscrits mais richement reliés, datant de 1828, a été mise en vente à Paris en 2003, pour la modique somme de 48.000 Euros.

Les devoirs du vrai Priseur y sont décrits comme suit:

pratiquer les vertus domestiques & sociales, passer sa vie au sein de l’amitié et du travail, tel est l’état d’un vrai priseur. Modeste et patient, il doit se faire gloire de cultiver la plante par excellence ; et libre des préjugés vulgaires, il doit chérir son obscurité. Modestie, obscurité, tels sont les principes de l’association tabacologique. Amour du travail, zèle et persévérance ; voilà les signes caractéristiques de tous les véritables enfants du G:: M::. Priseurs ! soyons dignes de ce beau titre !

Dans son ouvrage (posthume, paru en 1867) Les Sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes, Arthur Dinaux consacrait à cette société secrète une notice dont on trouvera ci-dessous quelques extraits:

Si l’on ne s’en rapporte qu’à la forme superficielle, l’Ordre des Priseurs est peut-être le plus nombreux de tous les ordres depuis la découverte faite par Nicot de la poudre médicée. (…) Mais si l’on creuse le fait, si l’on approfondit la question on verra que la vraie Société des Priseurs est un ordre distingué qui compte peu d’adeptes d’élite et qui est fort peu connu des profanes. Dans cette association, un groupe de fidèles réunis pour travailler se nomme une manufacture. La manufacture est consacrée, non pas comme on le croirait, à faire vivre le monopole des tabacs et les droits réunis, mais bien à l’étude de la nature et des vertus. Dans la manufacture il y a plusieurs grades, et dans les grades on compte différentes classes. (…) Des statuts règlent l’office et les fonctions de chacun. (…) Les réceptions avaient lieu solennellement. (…) Enfin l’ordre se livrait à des travaux sérieux et philosophiques qui ont attiré l’attention des amateurs de ces sortes de mystères. Peut-être la politique, se cachant sous le voile de l’allégorie, n’est-elle pas restée étrangère à cette association. (…) La Société des Priseurs avait pour but le désir de perfectionner les hommes en les éclairant sur leurs véritables intérêts ; l’amour de la vertu, de la vérité, et de la liberté. Elle était en fait inspirée de l’Institut de Pythagore dans lequel elle reconnaît ses origines, Institut établi afin de propager les connaissances, de conserver la vérité, et de réunir en un faisceau tous les amis du bien. Cette Société, très en vogue aux premières années de la Restauration, était composée à l’image de beaucoup de sociétés secrètes et en particulier de la Franc-maçonnerie, avec une hiérarchie très importante et un cérémonial très rigide. Elle avait également un langage codé ainsi que des symboles ésotériques comme les quatre points ou deux C opposés l’un à l’autre. 

L'Ordre (dit la grande manufacture de France, siégeant à Paris) comportait quatre grades, chacun divisé en classes. Le premier était consacré à l’étude de la nature et des vertus sous le titre des priseurs. Le second était le grade des Torqueurs

Les fonctions comprenaient, outre des termes relativement classiques (F:: Surveillant, Maître des Cérémonies), des termes tels que : Directeur d’une manufacture - Garde Magasin d’une manufacture  – Chef de Culture - Chef d’Instruction. 

Parmi les titres on trouvait : hiérodidascale, protodidascale, archimistagogue, protomistagogue, graphistère, achiargirognome.

Comme à la Stricte Observance Templière, les membres étaient gratifiés de surnoms, mais avec une référence à la sagesse antique (plutôt que chevaleresque) : Xénophile, Eudoxe, Hippocrate, Alcée, Solon, Cratès, Euclide, Archimède, Plutarque, Théocrite, Lisius (Ragon), Bias, Lycurgue, Socrate, Protagoras (Vuillaume).

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