La première pierre

En février 1841, le Grand Orient de France, désireux de voir la Maçonnerie parisienne posséder un temple plus digne de nos augustes mystères que ceux qui existaient jusqu'ici, publia son projet de construction d'un nouveau bâtiment, dont la première pierre fut posée le 9 août sur un terrain dont il était propriétaire, rue Neuve-Sanson vis-à-vis la Nouvelle Douane de Paris.

Au cours de la cérémonie, le Frère Tardieu prononça les paroles de consécration suivantes :

Pierre cubique ! Je te consacre à la Maçonnerie ! Je te consacre au Rite Français ! Je te consacre au Rite Écossais et à tous les Rites reconnus par le Grand Orient ! Sur toi, nous allons bâtir un temple qui brillera d'un vif éclat sur l'horizon maçonnique avec l'aide de mes Frères .. Je te bénis ! Je te sanctifie ! par les signes et les batteries que le vieil Hiram a transmis à ses enfants. Luceat, luceat, luceat in aeternum !

puis s'écria : Réjouissons-nous donc, mes Frères, dans un an cet édifice sera construit et inauguré.

Un cantique maçonnique, La Première Pierre, du frère Bourguoin, fut créé pour cette occasion, sur l'air de La Treille de la Sincérité. En voici la première strophe (nous ne connaissons malheureusement pas les suivantes, que notre source ne cite pas, et serions reconnaissant à tout qui pourrait nous les communiquer) : 

Base d'un sublime édifice 
Qu'à l'instar du grand Salomon
Nous désirons rendre propice 
Au culte saint de la raison : 
Première pierre, ton assise 
Appui d'un temple glorieux 
Sous nos auspices s'éternise 
Et doit passer à nos neveux 
Belle et fière 
Solide pierre 
Sers de siège à la vérité 
Et de trône à la liberté.

Cet enthousiasme allait cependant faire long feu, puisqu'en 1843 le Grand Orient - sans doute à court de finances pour poser d'autres pierres - inaugura plutôt un autre bâtiment, situé à proximité, mais loué. Il le quitta en 1846 pour s'installer, toujours en locataire, près de l'ancien hôtel de Cluny, avant d'acquérir en 1852 son siège actuel de la rue Cadet.

ci-contre :

à gauche, l'ancienne entrée du bâtiment de la rue Cadet (photo empruntée à une page du site Terres d'écrivains)

à droite : la façade actuelle (photo empruntée à une page du sympathique site photographique Parisdailyphoto)

Notre source pour cette page est l'ouvrage de Pierre Chevallier, Histoire de la Franc-maçonnerie française, Fayard, 1974, Tome II, p. 231)

L'air de La Treille de Sincérité est donné (sous ce titre ou sous celui Nous n'avons plus cette merveille) par la Clé du Caveau (3e édition) sous le numéro 1113. Une partition plus lisible en est donnée pour la chanson de Béranger L'enfant de bonne maison qui figure à la page 110 de ses Oeuvres complètes.

Retour au sommaire des chansons diverses du XIXe:

Retour au sommaire du Chansonnier :