Points de vue profanes sur les maçons en 1737

 

Cette chanson, datant de 1737, n'est pas une chanson maçonnique à proprement parler; le fait qu'elle reflète ce qu'à l'époque (qui est celle où en France on commence à parler beaucoup du sujet) on disait des maçons nous a cependant poussé à la publier sur ce site.

Elle provient de Raunié, Chansonnier historique, vol. VI, p. 175. et est citée (p. 168) par Bernard Faÿ dans La franc-maçonnerie et la Révolution intellectuelle du XVIIIe siècle (Ed. de Cluny, 1935). Nous n'avons aucune indication sur l'air (il se trouve peut-être dans le Raunié, que nous n'avons pas eu l'occasion de consulter : merci à qui le posséderait de nous le préciser).

Des francs-maçons
Chantons le mérite et la gloire,
Des francs-maçons.
Ce sont de fort jolis garçons,
Qui ne s'unissent que pour boire ; 
Là se réduit tout le grimoire
Des francs-maçons.

L'Égalité
Chez eux, préside en souveraine.
L'Égalité,
Charme de la société
Et par une suite certaine
L'aimable liberté qu'amène 
L'Égalité.

Contre eux pourtant
Il est un point qui m'indispose 
Contre eux pourtant.
C'est ce secret qu'ils vantent tant. 
Il faut être, amis, bouche close ; 
Mais trop d'excès fait que l'on glose 
Contre eux pourtant.

De leur destin,
Si l'on faisait juges les dames
De leur destin,
Ils auraient bientôt triste fin,
Par elles condamnés aux flammes. 
Bientôt riraient les saintes âmes 
De leur destin.

Chers frères maçons,
Vous n'êtes pas moins bons garçons,
Chers frères maçons,
Si je vous blâme en apparence, 
Vous savez vous remplir la panse. 
Ce seul trait de tout vous dispense, 
Chers frères maçons.

Dans la Franc-maçonnerie sous les Lys (Grasset, 1953), Roger Priouret (p. 7) cite également cette chanson; il donne les deux premiers couplets ci-dessus, ainsi qu'un troisième :

Sans nul égard
Du haut rang, ni de la noblesse
De la Science ou de l'Art
Ce n'est qu'en frère et par tendresse
Que l'un à l'autre on s'intéresse
Sans nul égard.

Priouret (p. 44) cite également une autre chanson, plus perfide puisqu'elle fait écho aux rumeurs - le fameux soupçon imaginaire dénoncé quelques années plus tard par Clérambault - que l'exclusion des dames de leurs assemblées avaient générées vis-à-vis des moeurs des maçons. Elle a été composée pour la Noël 1737 et le poupon qui y est mentionné est celui de la crèche.

De toute République
Chassé honteusement,
Vint un corps socratique
Tumultueusement.
Le poupon s'écria : quelle est cette troupe ?

Ce sont les francs-maçons
Don, don,
Qui, si nous n'étions là,
Là, Là,
Vous tâteraient la croupe.

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